Partenaires

CNRS
Logo tutelle


Rechercher

Sur ce site

Sur le Web du CNRS


Accueil du site > Programmes 2014 - 2018 > Conter le temps compté

Conter le temps compté

Conter le temps compté : Typologie des liens entre systèmes linguistiques de numération et expression du repérage temporel fondé sur la fragmentation calendaire

Responsable officiel du programme : Anaïd Donabédian - SeDyL

Responsables opérationnels du programme : Jean-Michel Hoppan - SeDyL, Sylviane Schwer - LIPN, Sorbonne Paris Cité, U. Paris 13

Laboratoires de la fédération impliqués dans le programme : 4 (LACITO, LLACAN, SeDyL, SFL)

Participants de la fédération

Chercheurs et enseignants-chercheurs : SeDyL : J-M.Hoppan, N.Tersis - SFL : D.Cohen - LLACAN : O.Ambouroué, M.Guérin, P.Roulon-Doko, M-C.Simeone-Senelle, R.Skaf - LACITO : M.A.Mahieu - CRLAO : Rémy Anicotte.

Participants extérieurs

Chercheurs et enseignants-chercheurs : J.Cardot (U. Paris3 ) - A.Rebotier (U. Reims) - S.Schwer (U. Paris 13)

Chercheurs indépendants : C.Gonzalez (retraitée) - M.Thouvenot (retraité)

Langues étudiées

Allemand, anglais, arabes, bantous, chinois, espagnols, français, gbaya, grec ancien, hébreu, inuit, italien, latin, mayas, mundurucu, nahuatl, quechua, russe, syriaque, wolof

Problématiques

Le propos de ce programme est d’inventorier les liens qui se sont établis entre, d’une part, les artefacts cognitifs que sont les systèmes de numération et les systèmes calendaires et, d’autre part, les expressions du temps qui y sont associées à travers les langues. Il est pour cela nécessaire de déterminer d’abord, pour chaque système, ce que l’on compte réellement lorsqu’on compte en jours, en mois ou en années, en fonction de celui qui compte : les segments, les bornes qui les délimitent.

Le temps du monde est généralement vécu comme un continuum. Compter nécessite la discrétisation et la reconnaissance d’une unité permettant de quantifier la pluralité qui en émerge. Notre programme s’interroge sur la façon dont la localisation temporelle, fondée sur ces systèmes numérico-calendaires, s’exprime dans les langues.

Objectifs scientifiques et intérêts du programme

Chaque société détermine des types de fragmentation du temps, qu’elles manipulent. Les principes de ces fragmentations sont motivés par les modes de vie de chaque culture, qu’ils soient écologiques, sociaux ou spirituels. Bien que les calendriers soient un système de repérage temporel impliquant un décompte, on observe que leur développement n’est en fait pas soumis à la nécessité d’utiliser de "grands nombres", voire même des nombres. Des séries de termes appris par cœur comme les noms des Saints peuvent suffire. C’est la volonté d’une société d’ancrer le temps du monde dans un temps qui le transcende, qui nécessite l’usage d’un système de numération apte à potentiellement désigner un nombre infini de segments (culture occidentale, chinoise, maya), s’inscrivant dans une séquence linéaire. L’utilisation des nombres pour distinguer des entités dans une collection suppose la reconnaissance d’une qualité commune et le gommage de toutes les différences autres que celles qui président à l’ordonnancement numérique : dans la définition du mois, on peut compter des lunes, des apparitions de la même lune, des absences de lune ou des présences de la même lune. L’apparition du grand nombre va de pair avec la volonté politico-religieuse d’inscrire dans le compte du temps des durées dépassant largement le cadre d’une vie humaine, afin de légitimer le pouvoir des dynasties politiques et/ou religieuses. Les Gbayas d’Afrique centrale n’ont pas ce genre de préoccupations, ni de systèmes numériques développés bien qu’ils aient des expressions calendaires utilisant des nombres. Les autres langues choisies sont associées à des systèmes numériques et calendaires existant de longue date, qui à travers le temps ont évolué. Ces systèmes appartiennent à divers types mais sont tous dotés d’un large corpus de description, en cours d’exploration. Les observations faites nous ont conduits à nous interroger notamment sur la nature de la segmentation qui permet de nommer une unité jour, servant à référer au jour courant ainsi qu’aux jours qui l’encadrent (avant et après). Cette segmentation est-elle un "primitif sémantique universel" ne nécessitant pas l’existence d’une numération ? Dans quelles conditions a-t-on recours à la numération pour nommer les jours ? Par ailleurs, de petites séries cycliques de dates, lexicalisées dans un certain nombre de langues, ne le sont pas (ou de façon partielle) dans d’autres, qui utilisent le nombre (ainsi les noms des jours de la semaine en portugais et en russe), tandis que dans des séries plus grandes (telles que les mois) il arrive que des termes du lexique non numéral marquant les « premier », « milieu » ou « dernier » élément d’un cycle comme repères saillants cohabitent avec des éléments non numéraux. Aussi le nombre semble-t-il avoir dans les séries calendaires un rôle sémantico-pragmatique qu’il reste à décrire et analyser.

Les aspects non typiquement linguistiques, comme la description des systèmes calendaires et numériques auront préalablement été traités dans le cadre du séminaire Kairos (http://www-lipn.univ-paris13.fr/ schwer/seminaire- kairos.html). Dans le cadre du programme, on s’intéressera donc aux expressions de la référence calendaire des séries utilisant des nombres (telles que « il y a n jours », « il y a trois jours », « il y a deux jours / avant-hier », « hier »). Une analyse linguistique complète (morphosyntaxique, morpho-phonologique, sémantique, pragmatique et diachronique) se fera dans une perspective comparative. On travaillera notamment sur les critères permettant de choisir ou non d’utiliser un nombre dans la référence :
- le type d’ancrage référentiel (déictique, anaphorique ou absolu)
- proximité/éloignement par rapport à l’ancrage référentiel
- asymétrie passé/futur
- possibilités d’utilisation qualitative d’un nombre dans le cadre calendaire (comme par exemple en tant que métaphores pour « quelques », « beaucoup » etc.)

Résultats attendus

A travers les publications scientifiques, sont attendues de meilleures connaissances sur les mécanismes cognitifs et interactions ayant lié numération et repérage temporel. Outre la chronothèque, on envisage l’élaboration d’un chronoguide, outil qui servira de grille d’analyse pour d’autres langues. En marge des publications personnelles de chacun, la publication d’un ouvrage collectif est prévue pour 2018.