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Accueil du site > Programmes 2014 - 2018 > Délimitation et identification des événements

Délimitation et identification des événements

Responsables du programme : Lucia M. Tovena et Marta Donazzan (LLF)

Laboratoires de la fédération impliqués dans le programme : 4 (LLF, SFL, DDL, SeDyL)

Participants de la fédération

Chercheurs et enseignants-chercheurs : SFL : B.Laca, P.Cabredo-Hoffher, E.Soare - LLF : P.Caudal, G.Fon Sing - DDL : D.Creissels - SEDYL : A.Mardale

Doctorants : X.Zhang, K.Sidorov

Participants extérieurs

Chercheurs et enseignants-chercheurs : C.Iacobini (U. Salerne), A.Müller (USP), R.Bertucci (Tel Aviv University), H.Demirdache (U. Nantes), D.Tribout (U. Lille 3)

Doctorants : L.Sanchez-Mendes, L.Lemos-Gritti

Langues étudiées

Langues romanes (français, italien, roumain, portugais du Brésil), langues germaniques (anglais, allemand), langues slaves (russe), langues sinitiques (mandarin, cantonnais), langues créoles (créole mauricien), langues sémitiques (arabe standard), langues australiennes aborigènes (murrinh-patha, panyjima), langues tupi (karitiana), langues nigéro-congolaises (mandinka).

Problématiques

La notion d’événement, en opposition à état, fait désormais partie du bagage théorique fondamental généralement accepté à travers les cadres linguistiques. Malgré cela, le contenu et la nature des composantes de base auxquelles cette notion fait appel sont encore en discussion. Deux stratégies largement exploitées sont celle de construire les types d’événements sur la base de patrons temporels (Vendler (1967), Dowty (1979), Bennet & Partee (1978)) et celle de faire appel à des relations et à des dépendances qui structurent l’événement depuis l’intérieur (cf. Krifka 1989,1992,1998), Smith (1991), Ramchand (2008), Tovena (2010) parmi d’autres). La question principale à la quelle ce projet s’attaque est celle de l’identification d’un événement en tant qu’entité individuelle que l’on peut compter, répéter et mesurer. La ressource fondamentale représentée par la classification des situations est, en réalité, une collection de stratégies. D’une part, elle n’a pas d’application directe dans toutes les langues, car la présence d’expressions réalisant l’aspect lexical n’est pas toujours garantie. D’autre part, la réalisation linguistique des propriétés accessibles à des opérations de mesure et de comptage, portant essentiellement sur la dimension temporelle, et la délimitation qui émerge en considérant l’articulation entre sous-parties d’événements de nature différente, par exemple dans une relation de causalité ou de résultat, peuvent varier grandement à travers les langues, que ce soit par le choix de moyens morphologiques ou syntaxiques exploités, ou par le contenu sémantique associé à ces moyens.

Objectifs scientifiques et intérêts du programme

Il semble naturel de parler d’événements singuliers ou pluriels, de sous-événements et de les distinguer tous des états. Mais comment opère-t-on pour délimiter les événements ? L’objectif de ce projet est double. D’une part, nous voulons contribuer à la compréhension de l’universel sémantique constitué par la notion d’événement en considérant les outils théoriques qui ont été développés pour sa définition (classes aspectuelles, notions de télicité/atelicité et structuration algébrique du domaine), et leur applicabilité dans les différents cas. A titre d’exemple, alors que les tests de la modification par les adverbiaux temporels (an/pendant X temps) ont été employés pour décrire des phénomènes différents tels que la (a)telicité (Krifka 1998) vs. la structuration temporelle des événements (Rothstein 2004, Landman & Rothstein 2011a,b), on doit remarquer aussi que la modification par la même forme adverbiale donne lieu à des interprétations différentes selon le prédicat (iterativité vs. continuation d’un même événement), ce qui signale l’intérêt d’étendre l’analyse comparative à des variantes représentées par les syntagmes sans préposition et de considérer les différentes manifestations de l’itération (van Geenhoven 2004). D’autre part, nous nous proposons de contribuer au ‘mappage’ typologique des langues en effectuant des études comparatives spécifiques et coordonnées visant à mieux comprendre la contribution des différents types de modificateurs à la construction de l’aspect lexical et phrastique. A côté des langues disposant d’un fort lexique verbal, on retrouve des nombreuses langues ayant des lexiques verbaux minimes, qui confient à une morphologie ou une morpho- syntaxe élaborée la tâche de bâtir des prédicats d’événements (par ex. le panyjima (Caudal et al. 2012), et aussi une multitude de langues qui présentent des dispositifs plus ou moins complexes de construction des descriptions d’événements, alliant un lexique verbal plus ou moins développé et des mécanismes morphologiques et/ou syntaxiques (co-verbation, verbes sériels, verbes légers, particules, et systèmes plus ou moins grammaticalisés de modificateurs). Tandis que certains de ces dispositifs ont des fonctions assez spécifiquement quantificationnelles voire aspectuelles, d’autres ont une sémantique beaucoup plus large, mais présentant des « effets de bord » plus ou moins réguliers sur la sémantique des événements. Les chercheurs réunis dans ce projet, théoriciens et spécialistes de langues différentes, apporteront leur contribution à travers l’étude de la relation entre les principales représentations théoriques des événements et les différentes réalisations linguistiques des modificateurs et des opérateurs aspectuels. Les langues sélectionnées donnent l’image d’une partie des possibilités d’exprimer l’information aspectuelle, et leur nombre sera étendu ponctuellement. A l’intérieur de la problématique générale portant sur la délimitation d’un événement par le truchement de modificateurs du verbe, du groupe verbal ou de la phrase, nous nous intéresserons plus spécifiquement aux phénomènes empiriques comprenant principalement le marquage morphologique et morpho-phonologique du verbe, les classificateurs verbaux et les nominalisations d’événement.
- (i) Adverbes aspectuels et structure de l’événement La structuration d’un événement, définie dans son entrée lexicale ou dans sa projection syntagmatique, peut être mise en evidence en considérant aussi les interprétations des adverbes ayant portée restreinte sur le VP. Stechow (1996) et Fabricius- Hansen (2001), entre autres, discutent le cas des adverbes itératifs de l’allemand et de l’anglais wieder (à nouveau) et again, qui, selon l’hypothèse de Stechow (1996), donnent lieu à une lecture dite ‘restitutive’ quand ils prennent portée sur l’état resultant de l’événement dans une projection étendue du vP. On peut s’attendre à ce que cette possibilité de lecture, qui dépend de la possibilité de portée des adverbes et de la structure de l’événement, soit partagée par les adverbes itératifs et aspectuels à travers les langues. On remarque néanmoins une certaine variation (Tovena & Donazzan 2008). Dans les langues romanes, p.ex., la lecture restitutive est plus facilement accessible quand l’itération est obtenue à travers des préfixes verbaux, comme le français re- (redescendre, recracher, cf. Amiot (2002), Apothéloz (2005)) ou l’Italien ri- (ri- discendere, ri-sputare, cf. Iacobini (2004)). Dans ces mêmes langues, la lecture restitutive des adverbes itératifs, comme l’italien di nuovo (à nouveau), devient possible seulement quand l’état resultant est lexicalement explicité au moyen d’un adverbe de localisation spatiale (en italien, scendere giù litt. ‘descendre en bas’, sputare fuori ‘cracher dehors’) (formes rapprochées des phrasal verbs (verbes à particule) par Iacobini & Masini 2006). Dans ces contextes, finalement, une deuxième distinction concerne le type de lecture, d’itération ou de continuité de l’événement, que les adverbes aspectuels expriment, selon leur propriétés sémantiques (Tovena (1996), Donazzan (2008)). Une extension va vers l’étude de l’interprétation de multiplicité d’événements des formes verbales avec réduplication de lettre/syllabique/totale (Müller & Sanchez-Mendes à par.) Une étude comparative est utile aussi avec des langues employant des procédés morphologiques ou morpho-syntaxiques formellement différents, mais sémantiquement convergents, présentant par ailleurs des systèmes adverbiaux limités, cf. par ex. le murrinh-patha, langue aborigène du nord de l’Australie, où des effets de sens comparables sont obtenus au moyen de la réduplication morphologique et d’un ensemble de constructions sérielles spécifiques (cf. Nordlinger & Caudal 2012).

- ii) Classificateurs verbaux et formes de nominalisation La notion de classification des événements a reçu des définitions variées dans la littérature, voir Aikhenvald (2000). Dans les langues d’Asie Orientale et du Sud-Est asiatique, qui sont souvent des langues à classificateurs généralisés, la catégorie traditionnelle des Classificateurs Verbaux s’applique à différents types de compléments du verbe qui expriment la mensuration et le comptage des événements (cf. Lam & Vinet (2001), Paris (2011) pour le chinois, Gerner (2009) pour le kam (Austro-Tai)). Ces formes adverbiales non prépositionnelles peuvent identifier et compter des événements ou des parties d’événement, suivant la classe aspectuelle du prédicat et les rapports de portée, et constituent en ce sens un terrain empirique très prometteur pour analyser, de manière contrastive, les adverbiaux de temps et les modifieurs aspectuels des langues européennes. A cette forme de délimitation des événements on peut rapprocher, d’un côté, les modifieurs temporels non prépositionnels (cf. point (i) ci-dessus) et, de l’autre, les nominalisations d’événements, telles les nominalisations d’événement en –ata en Italien : una spazzata (balayer une fois), una nuotata (nager une fois) (Folli 2010) ou ancore le délimitateur un coup en français (dormir un coup, cf. Gross 1984). La notion de classificateurs verbaux a enfin été employée pour décrire les systèmes de co-verbation de certaines langues australiennes aborigènes, en particulier les langues dites non-pama-nyungan (cf. McGregor (2002) ; Schultze-Berndt (2000)), ainsi que pour l’affixation verbale en hongrois (Kardos(2011)). Il s’agit alors de classificateurs dont la fonction relève plus souvent d’une sémantique générale que d’une sémantique aspectuelle, mais dont certains semblent néanmoins présenter des emplois spécifiquement aspectuels.

Résultats attendus

  • Contribution à la construction d’une théorie des événements et au progrès de l’étude typologique des langues en effectuant, de manière coordonnée, un nombre de recherches empiriques sur un éventail de phénomènes examinés de manière approfondie, comparative et formalisée. Le projet fournit le cadre qui est essentiel pour que les recherches pointues puissent converger vers un but plus général.
  • Approfondissement de l’étude de la dépendance entre le sémantisme des adverbes aspectuels, l’interprétation qu’ils reçoivent en contexte, et les propriétés des prédicats auxquels ils peuvent s’appliquer ; mise en relation avec l’emploi de stratégies alternatives (préfixation, réduplication) ;
  • Distinction entre les opérateurs de singularisation des événements introduisant une forme de discrétisation directement dans la dénotation du prédicat verbal et ceux qui discrétisent par le biais d’une mesure sur une dimension donnée ou, par défaut sur la dimension temporelle.