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Accueil du site > Programmes 2010-2013 > Typologie de l’expression des émotions

Typologie de l’expression des émotions

Responsables : Nicole Tersis (tersis@vjf.cnrs.fr), Isabelle Léglise (leglise@vjf.cnrs.fr) SEDYL, Pascal Boyeldieu (boyeldieu@vjf.cnrs.fr) LLACAN

Equipe pilote : SEDYL, UMR 8202 CNRS -7 rue Guy Môquet, Bât. D, 94801 Villejuif Cedex

Chercheurs et enseignants chercheurs :
LLACAN : S.Bornand, P.Boyeldieu, B.Crous-Castane, P.Roulon-Doko, M-C.Simeone-Senelle, M.Vanhove
LACITO : M.Coyaud, V.de Colombel, G.Guarisma, S.S.Hnin Tun, M.Lebarbier, C.Moyse-Faurie, S.Naïm, C.Pilot-Raichoor, C.Taine-Cheikh, A.Vitrant, M-A.Mahieu
SEDYL : K.Haude, J-M.Hoppan, I. Léglise, F.Queixalos, N.Tersis, D.Costaouec, D.Thach, D.Fagua
LLF : Y-Y.Mathieu
CRLAO : C.Maréchal

Participants extérieurs :

Collaborations nationales : N.Beaux-Grimal (Inst.Fr.Archéologie Orientale), R.Boyd (LLL), A.Murugaiyan (EPHE), F.Roland (U.Nantes), E.Sethupathy, T.Do-Hurinville (INALCO), A.Szulmajster-Celnikier (EPHE) , A.Tutin (LIDILEM), H.Bouvier (CASE), C.Plantin (ICAR), C.Préneron (MODYCO), V.Vapnarsky (EREA), Serge Sakhno (U.Paris Ouest Nanterre), D.Dascanio (Université Paris 3), C.Sukiat (Paris-Descartes)

Collaborations internationales : A.Alvarez-Gonzalès (U.Sonora, Mexique) – G.C.Batic (U.Naples) – G.Bordin (U.libre Bruxelles)– E.Carlin (U.Leiden)– O.Le Guen (CIESAS de Mexico) –M.Kamil (Institut des langues de Djibouti), G.Senft (Max Planck Inst.)– N. Trondhjem (U.Copenhague)–J.Watkins (SOAS,Londres)– M.Ponsonnet(U.Nat. Australie)

Objectifs et enjeux

L’importance de la subjectivité et de l’affectivité se manifeste à travers tout le système de la langue. Partant d’un échantillonnage de langues aussi varié que possible, il s’agit de tenter d’établir une typologie des structures syntaxiques et pragmatiques, des marquages morphologiques et des champs lexicaux impliqués dans l’expression des émotions. Nous avons donc voulu diversifier l’analyse des procédés linguistiques marquant les affects à partir d’un large corpus de langues que nous présentons ci-dessous.

Langues étudiées

Afrique : gbaya, zande, haoussa, zarma, yulu, dialectes arabes du Yémen, de l’Arabie Saoudite et de Mauritanie, égyptien Amérique : trio-langue caribe, mawagana-arawak, maya, sikuani, yaqui-uto-aztèque, inuktitut, Groenland : kalaallisut et tunumiisut Australie : dalabon Asie : Birmanie : birman, Cambodge : khmer, wa-Mon khmer, Chine : chinois, Inde : langues dravidiennes, Indonésie : madourais, Japon : japonais, Vietnam : vietnamien Europe : anglais, français, espagnol, latin, grec, Russie : russe Océanie : langues océaniennes, Iles Trobriand : kilivila

L’une des principales interrogations posées est de savoir s’il existe une correspondance entre les moyens morphosyntaxiques et la sémantique dans l’expression affective. Nous présentons également les différentes thématiques et les questions que nous avons envisagées.

Langues et cultures

L’omniprésence des émotions exprimées à travers les langues du monde nous amène tout naturellement à nous interroger sur l’universalité dans l’expression linguistique des émotions au-delà des classifications génétiques des familles linguistiques et des variations culturelles. Peut-on en inférer l’existence d’ « émotions de base » ? Les émotions renvoient-elles par conséquent à des « primitifs sémantiques universels » ou sont-elles culturellement spécifiques ? Si l’expression des émotions est liée à des modèles culturels, elle se manifeste à travers les différentes langues selon des procédés linguistiques extrêmement divers, les langues opérant un filtre pour les codifier. Peut-on alors traduire une même émotion d’une langue à l’autre ? La catégorisation des émotions dans différentes cultures révèle souvent un décalage avec le découpage des émotions dites « universelles ».

Lexique des émotions, grammaire des émotions, émotions et stratégie discursive

Du point de vue linguistique, nous abordons l’analyse des manifestations de l’émotion à travers différentes langues ou au sein d’une même langue. Dans la mesure où l’on peut faire l’hypothèse que le domaine des affects n’est pas codé de façon arbitraire, nous mettons en évidence l’existence de marqueurs morphologiques et de champs sémantiques réservés à l’expression des émotions ou encore de structures syntaxiques récurrentes. Plusieurs problématiques sont donc abordées à différents niveaux d’analyse, au niveau du lexique, de la grammaire et dans la stratégie discursive.
Sur le plan lexical, nous analysons les métaphores utilisant souvent les parties du corps, les interjections en relation avec les émotions. Sur le plan morphosyntaxique, on se pose la question de savoir quels sont les schémas prédicatifs privilégiés dans les phrases affectives, quel est leur effet sur la transitivité et la valence du verbe, les énoncés avec des verbes de sens affectif ayant souvent une transitivité basse. Nous nous interrogeons en outre sur le degré d’agentivité, de volition et de contrôle de celui qui subit l’affect « l’expérient » dans les énoncés traduisant des affects. On prend également en compte l’importance des structures possessives dans lesquelles sont souvent impliquées les parties du corps. On effectue un relevé des types de marquages trouvés dans nos corpus : affixes, particules affectives, marques modales privilégiés dans la communication émotionnelle. Le fait de considérer la dimension subjective du langage et son implication sur la syntaxe est de nature à apporter un renouveau pour les travaux typologiques. Par exemple, si l’on considère la primauté et la fréquence des « phrases affectives » — essentiellement intransitives, non actives — dans les corpus oraux, l’étude de la syntaxe des émotions devrait nous permettre d’analyser plus en détail les phrases intransitives, ou à transitivité faible. De même, l’investissement affectif présent dans le récit conversationnel, le dialogue ou le discours spontané, invite à approfondir la réorganisation et les perturbations pragmatiques de l’énoncé en relation avec les stratégies mises en place dans sla communication de l’émotion . Il s’agit également de préciser comment s’élabore la cohérence discursive à partir de séquences émotionnelles dans des corpus divers.

Langage de l’émotion et cognition

Les travaux actuels insistent sur le rôle considérable que jouent les émotions sur un plan cognitif en tant que moteur de la connaissance et de la créativité. Les émotions confèrent un degré d’efficacité plus grand à la communication et à l’argumentation, elles participent à la remotivation des expressions linguistiques démotivées et elles favorisent la mémorisation dans l’acquisition des connaissances. S’il existe des universaux dans l’expression affective, cela permettrait d’éclairer les relations entre émotion et cognition. Les opérations cognitives semblent inséparables de l’expression des émotions : que ce soit dans le discours quotidien ou le dialogue, les recherches montrent qu’un très grand nombre de phrases mettent en jeu des processus perceptifs, cognitifs, affectifs et évaluatifs. De plus, l’émotion sous-jacente à l’expression linguistique pourrait bien apparaître comme l’une des forces créatrices majeures favorisant le renouvellement et l’évolution des structures grammaticales : elle aboutit souvent à une réorganisation des constructions syntaxiques attendues et elle réactive les formes lexicales démotivées ou figées.

Situation du thème dans le champ de la recherche

Les études de typologie ont relativement peu abordé le domaine de l’expression linguistique des émotions. Ce domaine de recherche a concerné, de façon prioritaire, d’autres disciplines, en particulier la philosophie, la psychologie, la sociologie et plus récemment les neurosciences. Il s’agit cependant pour les linguistes d’un champ particulièrement riche dont on peut appréhender la complexité, non seulement à partir de documents écrits, mais également à travers le discours oral, la communication spontanée et le discours en interaction. De plus, les études dans ce domaine ont souvent été appliquées à des langues de grande diffusion. L’intérêt de ce programme est d’envisager un échantillonnage de langues élargi à des langues de tradition orale avec des données de terrain de première main, puisque trente langues de familles linguistiques différentes ont été analysées.