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Accueil du site > Programmes 2010-2013 > Evolution des structures morphosyntaxiques. Vers une typologie intégrative

Evolution des structures morphosyntaxiques. Vers une typologie intégrative

Responsables du programme : C. Chamoreau et I. Léglise (CELIA)

Laboratoires impliqués de la fédération : 6 (CELIA, LACITO, LACNAD, LLACAN, CRLAO, LPL)

Equipe gestionnaire et coordonnées
SEDYL-CELIA, Structure et Dynamique des Langues, UMR 8202

Participants réguliers
SEDYL-CELIA, UMR 8202 (4):Sophie ALBY (MCF UAG), Claudine CHAMOREAU (DR CNRS), Isabelle LEGLISE (CR CNRS), Bettina MIGGE (MCF Dublin)
IKER, UMR 5478 (2) : Bernard OYHARCABAL (DR CNRS), Irantzu EPELDE (postdoc.)
LACITO, UMR 7107 (2) : Evangelia ADAMOU (CR CNRS), Claire MOYSE- FAURIE (DR CNRS)
LLACAN, UMR 7594 (2) : Nicolas QUINT (DR CNRS), Marie-Claude SIMEONE-SENELLE (DR CNRS)
CRLAO (1) : Alain PEYRAUBE (DR CNRS)
LLF (1) : Claire SAILLARD (PR Paris Diderot)
Parole et langage, UMR 6057 (1) : Sibylle KRIEGEL (PR Aix en Provence)

Participants occasionnels
Catherine TAINE-CHEIKH (DR CNRS, LACITO), Enrique PALANCAR (CR CNRS
SEDYL-CELIA), Valelia MUNI TOKE (CR IRD, SEDYL-CELIA), Katharina HAUDE (CR CNRS
SEDYL-CELIA), Stefano MANFREDI (postdoc LLACAN), Pascal VAILLANT (MCF Paris 13), Muhsina ALLESAIB (postdoc SFL)

Collaborations internationales :
A. Álvarez-González (U. Sonora) – W.Bisang (U. Mainz) – M. Loporcaro (U. Zurich) – M.Mithun (U. California) – V.Peralta-Ramírez (Escuela Nacional de Antropología e Historia) – S. Pfänder (U.Freiburg)

Doctorants
Joseph-Jean François NUNEZ (doctorant SEDYL / LLACAN), Santiago SANCHEZ (doctorant SEDYL), Farid BENMOKHTAR (doctorant LLACAN), Suat ISTANBULLU (INALCO), Alice MAGDELAINE (INALCO)

Thématique et objectifs

Ce programme a eu pour objet l’étude typologique de l’évolution des structures morphosyntaxiques envisagée à partir d’une perspective « intégrative » (Croft 1995, 2000) qui permet de rendre compte de la dynamique linguistique tant au niveau interne qu’externe. Autrement dit, l’évolution des structures morphosyntaxiques a été envisagée au travers des effets linguistiques motivés par l’évolution interne des langues et par les conséquences du contact linguistique. Ces deux types d’effets interagissent et sont complémentaires, et ont pour résultat l’évolution linguistique et en particulier l’évolution des structures morphosyntaxiques. Cette complémentarité permet une approche intégrative et plurielle qui constitue un défi scientifique car elle rend compte de la complexité du fonctionnement d’une langue. En effet, discerner les deux types d’évolution est une opération très délicate à la fois quant aux constructions et aux données linguistiques, et quant aux rôles joués par chacun : déclencheur, catalyseur, diffuseur, accélérateur, etc (Chamoreau et Goury 2012, Léglise 2012). La démarche typologique réside dans l’analyse des données dans chaque langue (à partir de travaux de terrain réalisés par les participants mais aussi au travers des données présentes dans la littérature) et dans la comparaison à d’autres langues, afin de mettre en valeur les particularités de chaque langue et les tendances inter -langues (universelles ou dues à des caractéristiques typologiques). On a cherché à construire une typologie de l’évolution des structures morphosyntaxiques qui intègre des faits de changements internes et des faits liés au contact linguistique.

De la pluralité au discernement des types d’évolution. Vers une typologie intégrative

Notre programme de recherche s’est inscrit dans une perspective qui intègre la pluralité de l’évolution des structures morphosyntaxiques. Cette pluralité montre une complémentarité entre les mécanismes et processus internes et les mécanismes et processus liés au contact entre langues. La reconnaissance et la prise en compte des différents faits est une première étape, l’analyse de leur complémentarité en constitue une seconde. Etablir la complémentarité des processus en jeu sous-tend que ceux-ci aient été minutieusement décrits et que le linguiste ait pu différencier leur origine : de quel type de processus ou mécanismes s’agit-il ? Sont-ils liés au changement interne ou sont-ils liés au contact entre langues ? L’appréhension des deux types d’évolution de façon intégrative est peu présente dans la littérature, on peut toutefois signaler les travaux de Heine et Kuteva (2003, 2005) concernant l’approche de la grammaticalisation induite par le contact. Par ailleurs au-delà des types de mécanismes de l’évolution des structures morphosyntaxiques, il est nécessaire de faire appel à une typologie les motivations ou causes de l’évolution (Peyraube 2002, Marchello-Nizia 2006). Une typologie de l’évolution des structures morphosyntaxiques se doit donc d’intégrer tant les mécanismes liés au changement interne et ceux liés au contact que les motivations du changement.

Langues étudiées :

Familles ou groupes de langues  : Familles caribe, purepecha, basque, romane, créole, slave, océanienne, afro-sémitique, uto-aztèque, quechua, sinitique Langues particulières  : kaliña, purepecha, basque, espagnol, français, italien, créole guyanais, créole cap-verdien, créole guinéen-casamançais, créole papiamento, dahalik, nahuatl, yaqui, quechua, chinois, romani.

Points forts du programme :

Ce programme a permis un dialogue entre linguistes issus de différentes traditions  : ceux qui privilégient la loupe du changement interne d’une langue, en insistant plus particulièrement sur l’analogie et la grammaticalisation, ceux qui étudient les conséquences linguistiques du contact entre langues et ceux qui s’intéressent aux pratiques linguistiques en situation multilingue.

Principaux résultats et avancées scientifiques

Pour les deux premières années (2010-2011), nous avons choisi d’explorer les changements au niveau de l’expression grammaticale de la personne, de façon particulière, les paradigmes des unités référant à la personne ainsi que leur codification et comportement dans la phrase. Bien que les personnels soient considérés comme l’une des parties les plus stables des langues, ils sont aussi objet de changements (Siewierska 2004 : 246). Ingram (1978) et Siewierska (2004) montrent essentiellement des modifications au niveau de réductions ou d’augmentations d’unités dans le paradigme des personnels. Il s’agit le plus souvent de restructurations internes explicables en termes de grammaticalisation, par exemple de démonstratifs en personnels. De leur côté, Jacobsen (1980), Thomason et Everett (2005), Aikhenvald (2012) et Chamoreau et Léglise (2012) explorent la restructuration de paradigmes mais aussi l’emprunt ou le calque soit d’une unité de la classe des personnes soit d’une catégorie qui est liée au domaine des personnels. Ces auteurs indiquent que l’emprunt d’unités est possible bien que relativement rare mais constatent que la catégorie qui est le plus souvent calquée est l’opposition inclusive/exclusive de la première personne du pluriel. Aikhenvald (2012) et Thomason et Everett (2005) insistent sur la prépondérance des facteurs sociaux ; ils sont le plus souvent déterminants pour la diffusion et l’adoption d’une telle caractéristique qui modifie tant le paradigme que l’appréhension de l’expression des relations interpersonnelles. Dans la perspective intégrative de ce programme, nous avons examiné les changements obtenus ou les variations en cours en tentant de démêler les fils tissés entre les processus internes et ceux qui sont induits par le contact. Nos séminaires ont permis tant aux participants du programme de présenter leur données que d’inviter des experts étrangers (en particulier lors du séminaire du mois d’octobre). Les présentations se sont basées sur des données recueillies par les linguistes ou des données de seconde main, en particulier pour les données historiques. Des langues et des situations diverses tant au niveau typologique qu’aréal ont été examinées : langues du groupe sibérien oriental, langues indoeuropéennes, sémitiques, indo-iraniennes, océaniennes, pomo, yuki et wappo (Californie), uto- aztèques (náhuatl et yaqui), quechua, chinoise, créoles inter alia. La perspective diachronique a été privilégiée, permettant des profondeurs historiques plus ou moins importantes selon les langues (et les documents existants et/ou accessibles). Cependant, cette perspective a, le plus souvent, été enrichie d’une approche synchronique (parfois dialectale), permettant l’accès à des phénomènes de variations attestés dans certaines langues. Des présentations riches et argumentées, on retiendra en particulier des avancées et des questionnements dans différents domaines (il s’agit de domaines qui ont retenu l’attention des intervenants et des participants, ils ne représentent nullement une vision exhaustive des présentations) : 1) restructuration des paradigmes ; 2) changement des positions des personnels dans les énoncés ; 3) particularité discursive : évolution des formes référentielles ; 4) Pratiques bilingues : syntaxe et pragmatique.

En 2012 et 2013, nous nous sommes penchés sur une nouvelle thématique surgie de nos discussions : les changements au niveau du syntagme nominal, en particulier les relations entre déterminant (article, démonstratif, possessif, numéral, etc.) et nom. Les changements dans les syntagmes nominaux ont essentiellement été étudiés dans une perspective typologique (Dryer 2005a, 2005b) et diachronique, en particulier en termes de grammaticalisation (Givón 1981, Heine 1997, Herslund 2008, Himmelmann 1998, 2001). Ces syntagmes nominaux ont aussi été étudiés dans deux autres perspectives. D’une part dans les travaux sur le code-switching dans lesquelles sont analysées en particulier l’origine et la position des constituants des syntagmes nominaux, notamment lorsqu’ils sont constitués de plusieurs déterminants apparaissant en miroir, autrement dit un déterminant en chaque langue, avec des éléments qui peuvent être positionnés (ou pas, en fonction de l’ordre des constituants dans les langues) de part et d’autre du nom (Halmari 1997, Nishimura 1997). D’autre part, récemment, des travaux se centrent sur la question des motivations multifactorielles, liant les changements induits par le contact et les changements internes (Chamoreau 2012a, 2012b, Heine et Kuteva 2006, Heine 2012, Manterola 2012, Stolz 2012).

Effets structurants

Ce programme et le programme précédent (Contacts de langues 2002-2007) ont permis des rencontres régulières entre membres de différents laboratoires de la Fédération TUL et de structurer la réflexion sur les contacts de langues notamment pour les linguistes descriptivistes et typologues pour lesquels l’étude des contacts de langues n’est pas l’objet d’étude principal. Par une réflexion soutenue et l’invitation de membres extérieurs spécialistes du domaine, les travaux français encore timides il y a 10 ans se sont progressivement fait entendre – en particulier via des publications en anglais. Notre programme a débouché sur un axe du Labex EFL (axe LC1 « Language contact and change, dirigé par I. Léglise) et plusieurs projets ANR entre quelques participants au programme sont actuellement à l’étude.