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Accueil du site > Programmes 2010-2013 > Valeur et contenu des traits phonologiques

Valeur et contenu des traits phonologiques

Responsable du programme : J. Brandão de Carvalho, SFL (UMR 7023)
Laboratoires impliqués de la fédération : 2 (SFL, LPP)

Ce programme a été clos en décembre 2011.

Participants de la fédération
Chercheurs et enseignants-chercheurs : SFL (UMR 7023) : J. Brandão de Carvalho, M. Russo, S. Wauquier ; LPP (UMR 7018) : R. Ridouane Doctorants et pos-doctorants : T. Gouma, K. Hammane, T. Liu, J.-M. Beltzung, C. Patin, N. Yamaguchi

Participants extérieurs à la fédération : M. Klein (Modyco) , A. Tifrit (Univ. Nantes, EA LLING 3827)

Problématique Après une pause au cours des années 90, les recherches portant sur les traits phoniques ont connu un renouveau notable depuis Hall (2001) jusqu’àux deux colloques "Bases phonétiques des traits distinctifs" et "Where do features come from ?", tenus en 2006 et en 2007 à Paris. S’inscrivant dans ce regain d’intérêt pour une des notions fondatrices de la phonologie, le présent projet a une double facette.

(A) L’étude du fondement substantiel des traits présuppose l’existence d’un répertoire universel de catégories phonétiques. Il s’agit d’abord, dans ce programme, de déterminer l’existence et la nature des bases articulatoires et acoustico-perceptives de ces traits, ainsi que de leur interaction.

(B) Le deuxième volet de recherches a une autre visée. Sur la réalité des traits, il ne prend acte que (i) des contrastes potentiels et (ii) des solidarités révélées par les processus phonologiques et censées donner lieu à ce qu’on appelle des "classes naturelles" de segments. Sur cette base, le présent projet a trois objectifs.

1) On se propose tout d’abord de discuter la valeur – binaire ou monovalente – des traits en analysant les arguments qui ont pu mener à l’hypothèse de l’une ou l’autre de ces valeurs. Par exemple, selon une justification courante du binarisme des traits, des processus phonologiques tels que les harmonies de nasalisation attestées dans de nombreuses langues d’Amérique du sud requièrent un trait "[–nasal]" car le blocage de la propagation du trait [(+)nasal] par une classe de segments, dits "opaques", s’explique, dans un cadre plurilinéaire, à travers la spécification de sa valeur négative pour ces segments. On s’attachera ici à déterminer s’il est possible de proposer une solution concurrente qui expliquerait le blocage d’une harmonie [X] sans faire appel à une valeur [–X]. Parmi d’autres pistes de recherche, on cherchera à vérifier l’utilité en la matière de la théorie de la spécification fondée sur le Successive Division Algorithm (Dresher 2003).

2) En ce qui concerne le contenu des traits, tel qu’il ressort des processus attestés, deux axes de recherche semblent ici pertinents, qui renvoient à des cas de figure où la définition de ce contenu paraît à la fois nécessaire et problématique.

a) On a, depuis Jakobson, longtemps cherché à établir des homologies entre traits consonantiques et traits vocaliques. Cette piste a notamment été poursuivie dans le système de primitives (dits "éléments") proposé par la phonologie du gouvernement. Il a ainsi été posé, dans ce cadre, que U réunit à la fois la labialité consonantique et l’arrondissement vocalique, que I comprend et la coronalité de la consonne et la palatalité de la voyelle, que A est à la fois l’aperture vocalique et la pharyngalité consonantique, etc. Or de telles équations demeurent largement des pétitions de principe, n’étant pas stricto sensu démontrables au plan phonétique ; seuls les rapports que révélerait l’analyse du comportement des consonnes et des voyelles seraient à même d’étayer les équivalences proposées, quitte à ce que celles-ci soient par la suite soumises à des recherches expérimentales. On en est loin. On se propose ici de contribuer à combler cette lacune.

b) Un autre cas de figure problématique pour la définition du contenu des traits est celui des classes de segments dites "non naturelles", dont la fréquence vient d’être établie par Mielke (2008) sur près de 600 langues. Comme dans le cas des homologies consonne-voyelle, les processus observés révèlent des solidarités dont on peine à déterminer la base phonétique. On s’attachera ici, en particulier, à déterminer jusqu’à quel point la difficulté est réelle et s’il ne s’agit pas là bien plutôt d’un artefact induit par la réification, dans la lignée de la phonologie générative, de catégories phoniques dont la portée fut d’abord abstraite et relativiste dans le cadre structuraliste antérieur où elles ont été proposées.

3) Il est enfin envisagé de confronter les hypothèses indépendamment justifiées dans les deux points précédents aux données psycholinguistiques de l’adulte et aux données d’acquisition. La plupart des recherches en acquisition jusqu’à ce jour ont interrogé la pertinence du recours à des niveaux de représentation tels que la syllabe ou le mot, voire le phonème, mais très peu de travaux ont étudié les contraintes que l’organisation des systèmes phonologiques en traits impose éventuellement aux stratégies d’acquisition. Roman Jakobson (1941) pose dans ses écrits sur l’acquisition l’idée selon laquelle la marque phonologique contraint les processus d’acquisition au niveau segmental (les phonèmes non marqués sont acquis plus vite que les phonèmes marqués). Cette idée a été assez largement corroborée par les données existantes et constitue maintenant une vulgate dans le domaine de l’acquisition phonologique même si elle n’a jamais été véritablement validée dans le détail et qu’elle doit être formulée de manière plus complexe que ne l’a fait Jakobson. En effet, des exemples montrent que la marque segmentale peut interagir avec la marque syllabique ou avec la structure accentuelle de la langue cible (Fikkert et al., 2004). Par ailleurs, l’hypothèse d’une contrainte de marque sur les processus d’acquisition interfère également avec les effets de fréquence phonémique repérables dans l’input (Macken 1995). A partir de cette hypothèse de marque, nous étudierons, sur la base des travaux originaux et novateurs menés au Laboratoire de phonétique et phonologie, comment la théorie de la marque phonologique formulée par Jakobson peut être étudiée plus précisément d’après la manière dont les traits manifestent la marque. Il semblerait que cette formulation de la question rende mieux compte des effets de marque observables lors de l’acquisition phonologique (les enfants acquièrent les traits non marqués avant les traits marqués) qu’une formulation fondée sur les phonèmes ou les syllabes.